On me demande souvent comment je choisis les séries que je regarde, avant même de savoir si elles sont bonnes. Après des années à en visionner par dizaines pour mon travail, j’ai fini par me construire une méthode assez simple, faite de quelques indices que je vérifie avant de m’engager. Je préfère vous transmettre cette grille de lecture plutôt qu’une liste de titres, qui de toute façon se périme vite : une méthode, elle, reste valable saison après saison.
Regarder qui est aux commandes
Le premier réflexe consiste à identifier le showrunner, c’est-à-dire la personne qui porte la vision d’ensemble de la série, au-delà du simple réalisateur d’un épisode. Un showrunner expérimenté, qui a déjà fait ses preuves sur une série précédente réussie, offre une garantie minimale de cohérence dans l’écriture. À l’inverse, une série sans figure d’autorité créative clairement identifiée, pilotée par un studio davantage préoccupé de calendrier de sortie que d’unité artistique, est un signal à surveiller. Ce n’est pas une garantie absolue de qualité, mais c’est un indice fiable sur la probabilité que l’histoire reste cohérente jusqu’au bout.
Vérifier le format annoncé dès le départ
Le deuxième critère auquel je fais toujours attention, c’est le nombre de saisons prévues et la nature du format.
- Une mini-série ou une saison unique annoncée dès le départ est souvent un gage de maîtrise : les scénaristes savent où ils vont, l’histoire est pensée pour une fin précise, et il n’y a pas besoin d’étirer artificiellement l’intrigue pour justifier une suite.
- Une série ouverte, pensée pour durer sur plusieurs saisons, n’est pas un défaut en soi, mais elle demande de vérifier si le premier arc narratif se referme correctement sur lui-même, sans laisser toutes les questions en suspens uniquement pour forcer le renouvellement.
Une bonne question à se poser après le premier épisode : si la série s’arrêtait là, aurais-je l’impression d’avoir vu quelque chose de complet, ou juste une bande-annonce étirée ?
Repérer une adaptation littéraire
Quand une série est adaptée d’un roman, cela change la donne de façon intéressante. L’histoire a déjà été éprouvée par des lecteurs, sa structure a fait ses preuves sur un autre support, et l’adaptation doit surtout réussir le passage d’un médium à l’autre sans trahir l’équilibre du récit d’origine. Ce n’est pas un gage automatique de réussite, certaines adaptations ratent ce passage, mais cela signifie au moins que l’intrigue de fond a été pensée dans son ensemble avant d’être découpée en épisodes, plutôt que rédigée épisode après épisode sans plan global.
Juger sur les vrais premiers épisodes, pas sur le teaser
Le troisième réflexe, et sans doute le plus utile, consiste à ne jamais se fier uniquement à la bande-annonce ou au premier quart d’heure. Beaucoup de séries misent tout sur un début spectaculaire pour capter l’attention, avant de retomber. Je me donne systématiquement les deux ou trois premiers épisodes complets avant de trancher, le temps que les personnages secondaires prennent de l’épaisseur et que la mécanique narrative se mette réellement en place. C’est aussi à ce stade que l’on sent si la série est plutôt épisodique, chaque épisode racontant une histoire refermée sur elle-même, ou feuilletonnante, avec une intrigue qui se poursuit sans interruption d’un épisode à l’autre. Aucun des deux formats n’est supérieur à l’autre : le choix dépend simplement de ce que vous cherchez, une histoire à suivre sur la durée ou des épisodes que l’on peut regarder dans le désordre.
Le signal qui ne trompe pas
Le taux d’abandon, c’est-à-dire la proportion de spectateurs qui arrêtent une série en cours de route, est souvent révélateur d’un problème de rythme plutôt que d’un problème de qualité d’écriture pure. Une série qui perd son public au bout de trois ou quatre épisodes a généralement du mal à tenir la promesse de son pilote, même si les intentions de départ étaient bonnes. Sans avoir accès à ces chiffres précis, on peut en avoir une intuition assez juste simplement en observant si l’intrigue avance réellement d’un épisode à l’autre, ou si elle tourne en rond en attendant de remplir une saison entière.
En résumé, voici les questions que je me pose systématiquement avant de m’engager dans une nouvelle série : qui la porte créativement, sur combien de saisons est-elle pensée, s’appuie-t-elle sur une histoire déjà construite, et les premiers épisodes complets tiennent-ils leurs promesses ? Cette grille ne garantit jamais un coup de cœur, mais elle évite, la plupart du temps, de perdre du temps sur une promesse qui ne sera pas tenue.







